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Lot n° 6 - Prix de départ : 2 500 €

« Shtetl Jmérinka »

pastel sur papier, 53×70, 2016

 

Le tableau « Shtetl Jmérinka » de Raphaël Beltramo n’est pas seulement un paysage d’hiver : c’est une méditation subtile et émouvante sur la mémoire, la perte et l’enracinement. Sobre dans sa palette et presque musicale dans son rythme, l’œuvre transporte le spectateur dans l’univers disparu des shtetls – ces bourgs juifs d’Europe de l’Est où la vie s’écoulait dans une simplicité empreinte de spiritualité.

 

Beltramo utilise la technique du pastel, connue pour sa fragilité et sa délicatesse. Contrairement à la peinture à l’huile, le pastel permet de travailler avec l’essence même de la lumière et de l’air. Le bâtonnet tendre, obéissant au geste, offre la possibilité de « sculpter » l’espace sans couches épaisses de matière. Dans « Shtetl Jmérinka », cette technique devient une métaphore de la mémoire : les contours flous, les ombres diffuses, la frontière incertaine entre la terre et le ciel évoquent un monde existant à la limite du réel et du souvenir. La lumière, dissoute dans l’air glacé, caresse doucement les toits des maisons, les arbres rares et le chemin qui s’éloigne vers un horizon où le ciel et le temps se confondent.

 

Beltramo crée une image proche, par son esprit, de celle de Marc Chagall, mais avec une retenue plus grande, évitant tout élan mystique ou symbolisme éclatant. Sa Jmérinka n’est pas un mythe, mais une mémoire vivante, vue par les yeux d’un témoin. Là où Chagall cherche à transmettre la poétique mystique du shtetl, Beltramo évoque son silence et son effacement. Nulle figure flottante ici, nulle vache céleste : seulement le ciel, la neige, les maisons et une silhouette humaine isolée, presque dissoute dans le blanc du paysage.

 

On peut aussi établir un parallèle avec les études au pastel de Léon Bakst, qui sut marier l’expressivité théâtrale de la couleur à une profonde sensibilité lyrique. Mais chez Beltramo, la couleur perd toute ornementation : elle devient sourde, filtrée par le temps. Ce dépouillement rappelle le post-impressionnisme, mais transposé dans une tonalité d’âme d’Europe orientale.

 

« Shtetl Jmérinka » n’est donc pas un simple paysage ; c’est une archéologie visuelle de la mémoire. Le spectateur perçoit que ces maisons, cette route, ce ciel portent encore la trace des vies humaines, des voix, des prières. Le tableau résonne doucement, comme une ancienne mélodie en yiddish où se mêlent joie et mélancolie.

 

L’œuvre de Beltramo démontre comment le pastel peut devenir un instrument de réflexion historique plutôt qu’un simple moyen décoratif. Dans sa douceur friable, presque poudreuse, se ressent la vulnérabilité du monde, où chaque touche rappelle la fragilité du temps. Et c’est précisément cette fragilité qui rend la toile si vivante, si humaine, si profondément contemporaine.

 

Dans « Shtetl Jmérinka », l’artiste ne se contente pas de représenter un espace : il le ramène à la vie, transformant la neige et le ciel en métaphore de la mémoire, et le silence en voix d’un monde disparu.

© 2021 Rafael Beltramo

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